Les Femmes et le vélo

Les femmes et le vélo, c'est une grande histoire d'amour qui finit bien. Pourtant les scientifiques pensent au départ qu'il représente un danger pour leurs organes reproducteurs et tentent de les dissuader d'enfourcher ces engins. Mais dès 1896, la militante des droits des femmes, l'Américaine Susan B. Anthony l'affirme : "La bicyclette a fait plus pour l'émancipation des femmes que n'importe quelle chose au monde. Je persiste et je me réjouis chaque fois que je vois une femme à vélo."

La rencontre entre la femme et le vélocipède

La trop inconfortable draisienne - l'ancêtre de la bicyclette - n'a pas l'heur de plaire aux femmes mais le vélocipède les séduit dès 1860 avec l'invention révolutionnaire de la pédale et des pneumatiques. Il semble en effet que la roue fut inventée dès 3500 avant Jésus Christ mais ce n'est que sous le Second Empire que le vélocipède voit le jour ! "Ce merveilleux véhicule qui donne à l’homme la vitesse du cheval" - comme il est présenté à l'époque – devient l'accessoire de mode des classes aisées, et en particulier les riches parisiennes, dès qu'il arrive sur le marché.

Cet engouement contrarie les honnêtes gens qui ne trouvent pas convenable de pratiquer une activité sportive pour les femmes, et les médecins qui craignent qu'il soit préjudiciable à leur santé et plus particulièrement leurs organes reproducteurs, en leur faisant courir le risque de devenir stériles.

Pire, certains craignent que l'engin ne les détourne de leur devoir conjugal car elle ne se contenteraient plus que du plaisir qu'il leur donnerait par le frottement sur la selle. Ils refusent que la femme ne s'abandonne à l'excitation de la pratique du vélocipède, grisée de surcroît par le grand air.

Le vélo, d'abord un accessoire de luxe

Les scientifiques ont beau s'agiter, l'engouement des femmes ne retombe pas et le vélo devient un accessoire de luxe, plutôt utilisé dans le milieu urbain. L'achat n'est pas accessible aux ouvrières et seules les femmes de la noblesse ou des femmes entretenues peuvent en acquérir un.

Les femmes prennent leur indépendance et trouvent une certaine liberté de circulation qui leur ouvre les portes de l'émancipation. Dans les années 1880-1890, la bicyclette moderne devient plus confortable et les adeptes féminines se multiplient. Les publicitaires le comprennent et les affiches fleurissent, vantant les mérites de la bicyclette, mettant en avant la liberté de circulation que les femmes sont en train de conquérir.

L'évolution des mœurs

L'usage du deux roues connaissant un essor remarquable, les tenues vestimentaires vont devoir naturellement s'adapter et les femmes vont gagner en aisance. Au début engoncées dans leurs corsets, elles commencent par raccourcir leurs robes qui les gênent pour pédaler. C'est l'apparition des bloomers – du nom d'Amélia Bloomer, une suffragette américaine – ces culottes bouffantes pratiques et confortables, et surtout évitant le risque de se coincer dans les rayons.

C'est une telle révolution qu'il faut en passer par la loi et deux circulaires en 1892 et en 1909 sont diffusées pour étendre l'autorisation du port du pantalon pour les femmes, qui n'existait jusque-là que pour l'équitation et les cavalières qui refusaient désormais de monter en amazone.

La démocratisation du XXe siècle

vélo femme ville

Au XXe siècle, la bicyclette se banalise en devenant un produit industriel et elle est désormais accessible à toutes et à tous. Son utilisation s'élargit : elle est un moyen de transport pour se rendre au travail mais aussi pour s'en éloigner et investir le champ des loisirs et du sport. À la ville comme à la campagne, la bicyclette devient le premier moyen de locomotion.

À la fin des années 50, le vélo est LE cadeau récompense dans les milieux populaires. Il est offert pour l'obtention du certificat d'études ou on l'achète avec ses premiers salaires et ce, tout autant pour les femmes que pour les hommes. La bicyclette est le symbole de la frivolité de la jeunesse au moment du Front Populaire. Yves Montand l'immortalise en 1968 lorsqu'il "se souvient des jours heureux, quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette… avec Paulette". On comprend dans la chanson que toute cette escapade n'aurait pas vraiment de sens sans Paulette !

Les femmes et la compétition sportive

femme vélo contre la montre

Le cyclisme sportif féminin a mis du temps à se développer et il n'est toujours pas aussi populaire que les compétitions masculines. Il semblerait que le milieu soit assez machiste et il faut se rappeler des aimables paroles de Laurent Fignon, double vainqueur du tour de France, qui affirmait dans les années 80 qu'il trouvait "inesthétique" une femme pratiquant le vélo !

Le cyclisme sportif féminin existe cependant. Les premiers championnats du monde à la fois sur route et sur piste ont été organisés en 1958. Pour ce qui concerne les Jeux Olympiques, les premières épreuves féminines sur route ont vu le jour en 1984, puis les compétitions féminines sur piste en 1988. Bien moins populaire que le tour de France masculin, la Grande Boucle Féminine Internationale créée en 1984 a eu le mérite d'exister jusqu'en 2009 même si elle fut beaucoup moins relayée dans les médias que le tour masculin.

Du côté des Jeux Olympiques, depuis 2012 à Londres, le programme féminin est le même que le programme masculin pour arriver à une certaine parité qui est dans l'air du temps.

Jeannie Longo est la référence absolue dans le cyclisme sportif féminin. C'est la seule qui a percé dans les médias et son palmarès reste inégalé avec cinquante-neuf titres nationaux, treize titres de championne du monde et un titre olympique.

Les femmes et le cyclotourisme

femme cyclo

Le cyclotourisme connaît un immense succès actuellement. Si l'on rencontre peu de pelotons exclusivement féminins sur les routes dès que les beaux jours arrivent, elles sont en revanche très nombreuses à sortir en couple ou en famille. Des sorties à la journée ou sur plusieurs jours mais aussi des voyages au long cours. Il n'y pas rare de voir des couples partir à vélo faire le tour d'Europe, voire le tour du monde. Avec une bonne préparation, des couples plus ou moins jeunes s'aménagent une pause sabbatique et s'engagent dans un périple qui va durer plusieurs mois.

Il faut aussi compter avec les femmes qui décident de partir seules dans de grands tours dans des contrées parfois très éloignées. Grâce à Internet et les échanges sur les forums, elles partent en ayant des pieds à terre prédéterminés, parfois chez d'autres femmes cyclistes qui les accompagnent le temps de quelques étapes.

Le vélo électrique a également beaucoup changé les comportements. Les femmes hésitant à se lancer dans de grandes distances ou dans les boucles comportant de trop grands dénivelés acceptent de se lancer avec un vélo électrique car c'est pour elle l'assurance que la randonnée ne va pas se transformer en cauchemar. Pour celles qui sont moins accro que leur compagnon ou que l'ensemble du groupe avec qui elles partent, c'est la seule solution pour les accompagner dans leur passion. Elles peuvent tout de même réaliser de grandes distances avec le confort de savoir qu'elles auront un coup de pouces dans les moments les plus durs.

femme vélo dune

Si l'on regarde rétrospectivement l'histoire du vélo, on se rend compte que les femmes se sont vite approprié ce moyen de locomotion en l'utilisant comme un merveilleux vecteur d'émancipation. Aujourd'hui, elles l'utilisent à égalité avec l'homme, et elles comptent dans leurs rangs des championnes admirées de tous.


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