Pour ou contre les pistes cyclables ?

 

De prime abord, la question paraît idiote.

Comment pourrait-on être contre ce qui représente dans l’esprit collectif, la sécurité pour le cycliste et le confort pour les autres usagers de la route qui n’auront plus à focaliser leur attention sur des dépassements répétés et parfois périlleux ?

Comment pourrait-on ne pas plébisciter sur l’autel de la sécurité routière ces aménagements que l’on voit se multiplier dans nos villes mais aussi dans nos campagnes ?

Qu’est-ce qu’une piste cyclable ?

 

La définition est basique, c’est une voie réservée aux cyclistes et interdite à tous les autres moyens de transport, notamment motorisés. La signalisation horizontale et verticale invite ou oblige les cyclistes à utiliser ces aménagements. Les panneaux de forme carrée conseillent, ceux de forme ronde obligent les cyclistes à emprunter une piste cyclable.

La majorité de ces pistes sont simplement signalisées au sol par un marquage et délimitées par une ligne blanche discontinue. D’autres sont plus sécurisées avec des balises en plastique de couleur, ces remparts ont le mérite de matérialiser en 3D un espace « protégé » pour le champ de vision des automobilistes. Enfin, il est de plus en plus courant de voir des trottoirs élargis se décliner en deux parties, une réservée aux cyclistes, la seconde étant destinée aux piétons. Cette dernière version va bénéficier de la barrière physique du trottoir pour offrir un espace plus sécurisant.

Sur le papier tout va bien, et nous constatons tous les considérables efforts que font toutes les communes, quelle que soit leur importance, pour adapter leur voirie à destination des cyclistes. Mais, car il y a un mais, pour vous et moi qui passons beaucoup de temps à rouler sur nos routes avec nos vélos, nous constatons très souvent que ces pistes, ou bandes cyclables sont mal conçues, mal aménagées voir inutilisables.

Commençons par la piste cyclable classique, sur une départementale ou une nationale, en dehors de nos villes et villages.

1. Réceptacle de tous les déchets de la route. Le passage des voitures à proximité va éjecter tout ce qui passe sous les roues de côté, vers la piste cyclable. Bris de verre, graviers, sable et papiers gras balisent donc la bande de bitume qui nous ai réservé.

2. La végétation de bord de route ou les broussailles vont envahir une bonne partie de la piste nous obligeant à zigzaguer pour éviter ces obstacles. En Provence ou je roule depuis 40 ans, les cannes du même nom plient au fil des mois d’été pour finir par occuper un bon mètre sur la route ….. et hop … on baisse la tête !

3. Les racines des magnifiques platanes, pour ne citer qu’eux, sont connues pour leur capacité à déformer le bitume. Qui ne s’est pas fait une frayeur lorsqu’un moment d’inattention nous a valu un coup de pied aux fesses au passage d’une de ces belles racines ?

4. Les ponts. Je ne connais qu’un pont équipé de piste cyclable dans les trois départements qui m’entourent et j’ai toujours l’angoisse au moment de quitter ma voie pour emprunter le pont, qui pour le coup, devient beaucoup plus étroit.

5. La qualité du revêtement. Certaines pistes sont tellement rugueuses que les cyclos ne les empruntent pas ? J’avoue qu’après de multiples tentatives, le rendement étant tellement minable, j’en fais tout autant avec une oreille aux aguets afin de me ranger quand j’entends des voitures.

 

Poursuivons avec les pistes qui traversent les villages.

1. Souvent aménagées sur la base de trottoirs élargis, elles regroupent, de mon point de vue le plus de défauts.Coupées en deux voies séparées par une ligne continue, elles se partagent avec les piétons qui peuvent traverser, empiéter sur notre voie pour traverser ou tout simplement parce qu’ils ne prêtent pas attention plus que ça au marquage au sol. Les enfants, particulièrement imprévisibles, représentent un véritable danger.

2. Il s’agit de trottoirs qui vont être pourvus de bateaux à chaque sortie de garage ou devant chaque portail. Par endroits, cela devient un véritable gymkhana.

3. L’entrée ou le début de la piste cyclable est souvent réalisé comme un bateau, avec une bordure en béton de 3 à 5 cm de haut qu’on se doit de franchir à allure réduite, très réduite sous peine de crever (pincement) ou d’endommager sa jante.

4. La qualité de l’enrobé est souvent déplorable pour une raison évidente. Les engins qui sont utilisés pour compacter le bitume sont légers et ne permettent pas d’obtenir la même planéité que sur la route. Les ondulations sont parfois très importantes et rendent le passage vraiment désagréable.

5. Ces bandes ou pistes cyclables là ne sont absolument pas adaptées à un cyclo-sportifs qui roule à 30 kmh. Je doute même que mamie, allant faire ses courses avec son vélo électrique ne sème pas ses oranges sur son trajet, bien avant d’arriver à destination.


Enfin, les voies cyclables, à double sens, véritable lieu dédié aux cycles car distant de la route et équipé d’une signalisation horizontale et verticale complète. A vrai dire, je n’en connais qu’une, je ne vais donc pas généraliser mais donner mon avis sur cette structure qui a du coûté une fortune et que l’on peut considérer comme la Rolls des infrastructures cyclables.

Quand je l’ai vu pour la première fois, c’est une impression de Wouaou !! qui m’envahit. C’est beau et cela dégage une réelle impression de sécurité. Puis je l’ai empruntée et j’ai apprécié les premiers hectomètres, jusqu’à la première intersection ou il m’a fallu mettre pieds à terre car un poteau venait interdire l’accès aux cyclomoteurs. Je repars mais 300 mètres plus loin, rebelotte et ce fut comme ça une dizaine de fois sur une distance de 5 kilomètres, vous l’aurez compris, un enfer !

Si je veux être complet, je dois préciser que je n’ai pas été rassuré quand j’ai croisé des familles avec de jeunes enfants se déplaçant à 10 km/h. Je préférai alors ralentir pour être en mesure de m’arrêter en urgence si besoin. Encore un environnement ou une pratique cyclosportive est exclue.

Je m’abstiendrai sur les pistes cyclables des mégalopoles parce que je ne les pratique jamais, mon avis serait donc purement subjectif. J’ai tout de même remarqué lors de mes déplacements, que la vie des cyclistes n’était pas non plus de tout repos sur ce type de voies. J’invite donc ceux qui les utilise à contribuer à cet article en s’exprimant sur la base de leur expérience.

En conclusion, je dirais que pistes, bandes ou voies cyclables ne sont pas adaptées à notre pratique cyclo-sportive et que le jour ou nous trouverons des infrastructures adaptées n’est pas pour demain.

Alors pour ou contre ?

Vous aurez compris que ce titre est volontairement provocateur. Même si les pistes cyclables sont encore toutes jeunes et n’offrent pas un accueil « universel » quel que soit votre pratique, elles ont le mérite de dessiner une volonté. Celle de créer un espace ou le cycliste serait à l’abri de biens des dangers lié à la circulation d’autres usagers bien plus lourds et à même de leur infliger de graves dommages en cas d’accident.

Il a fallu un siècle pour normaliser la circulation routière sans atteindre pour autant la perfection. Il faudra encore longtemps pour que le cycliste intègre les réflexions des ingénieurs et qu’il en ressorte des infrastructures cohérentes et accueillantes pour toutes les pratiques. Il ne faut pas négliger le fait que les concepteurs sont rarement des cyclistes et ce qui paraît parfait sur un plan peut s’avérer un enfer dans la pratique.

Véritable gageure, faire cohabiter des véhicules motorisés pesant plus sieurs tonnes avec les cyclistes fragiles ?

Probablement non, mais nos villes et nos infrastructures routière sont anciennes et n’ont pas été pensées pour le vélo ? Difficile de gagner des mètres en largeur pour créer une piste cyclable dans une rue ou les bâtiments sont construits de chaque coté de celle-ci.

En campagne, la solution me paraît plus évidente, entretenir les pistes cyclables en les balayant deux ou trois fois par an. Vous avez sans doute remarqué que le fauchage des accotements est moins fréquent. Ce qui sauve la vie de bon nombre de hérissons et évite de projeter des débris végétaux sur notre partie cyclable. L’année dernière, j’ai doublé une balayeuse qui faisait ce travail et ne me suis pas privé de saluer les employés de la DDE pour ce formidable travail.

De mon point de vue, élargir la route et réserver une bande cyclable de part et d’autre représente la moins mauvaise solution. Conserver le même revêtement, afin de conserver un roulage agréable et un bon rendement.

 


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